De plus en plus de femmes se retrouvent dans l’impasse face à l’incapacité de faire un enfant. Une réalité déchirante qui demeure taboue. De milliers d’entre elles aux prises avec l’infertilité vivent une détresse psychologique, des déchirures conjugales et un jugement social bouleversant… encore plus déchirant que la douleur de ne pas pouvoir enfanter.
Dela suffoque entre ces murs blancs de la clinique de Lomé. À 34 ans, son corps refuse la vie qu’elle désire tant. « Regardez ce que Dieu m’a fait ! Qu’ai-je commis pour mériter ce châtiment? », lâche-t-elle dans un sanglot déchirant. Le diagnostic est irréversible : elle est infertile ! Dela a été rencontrée dans une clinique de Lomé. Approchée, la jeune dame va raconter son histoire, celle d’une femme qui attend depuis 6 ans la joie d’être mère, celle d’une épouse méprisée par son conjoint à cause de sa stérilité, oppressée par sa belle famille, critiquée par son entourage…Une femme qui ne vit plus depuis 6 ans , obnubilée par le désir de porter un enfant dans ses bras . Depuis des années ,la jeune femme enchaine des traitements. Cet nième de plus n’a pas abouti !
Comme Dela, 1 femme sur 6 dans le monde n’arrive pas à concevoir, selon l’OMS. Mais en Afrique, ne pas donner la vie condamne à perdre la sienne.
Le poids des traditions patriarcales, la religion, le regard des proches… semblent plus drastiques que le problème de santé qu’est infertilité. Ici, quand le ventre reste désespérément plat, c’est l’âme qui se vide. « Si tu n’as pas d’enfant, tu n’es rien », martèle Antoinette, divorcée à 29 ans à cause de son infertilité.
Pourtant, les causes de l’infertilité peuvent être multiples : anomalies au niveau des ovaires, des trompes, de l’utérus, problèmes hormonaux, etc », explique Dr. M’BORTCHE Bingo K. Gynécologue – Obstétricien à l’ATBEF.
Femme et épouse : Quand donner la vie devient un combat
Face à ces problèmes de santé, un suivi médical reste encore un grand challenge avec des centres de santé sous équipés et des moyens de traitement limités. Dans la plupart des pays, les traitements de la fertilité sont en grande partie financés directement par les patients, et entraînent souvent des dépenses exorbitantes. Aux coûts pharamineux des technologies comme la FIV s’ajoutent la pénurie de centres spécialisés, surtout en zones rurales. Le rapport de l’OMS sur l’infertilité en avril 2023 stipule que : « Les habitants des pays les plus pauvres consacrent une proportion plus grande de leur revenu aux soins relatifs à la fertilité, par rapport aux habitants des pays plus riches. L’importance des coûts empêche souvent les gens d’accéder aux traitements de l’infertilité, ou peut les précipiter dans la pauvreté, conséquence directe de la recherche de soins ». En effet, les techniques de procréation assistée comme la fécondation in vitro sont complexes et pénibles. Le taux de réussite tourne autour de 30% par cycle, ce qui signifie que plusieurs tentatives sont souvent nécessaires mais souvent inaccessibles pour beaucoup en raison des coûts élevés et de la disponibilité limitée.
Au-delà des coûts, les femmes infertiles doivent aussi composer avec un parcours médical éprouvant.
« Les traitements de fertilité sont très invasifs. Entre la bactérie d’analyses à effectuer, les prises quotidiennes d’hormones, les échographies transvaginales répétées, les ponctions d’ovocytes, c’est extrêmement contraignant. Et ça n’a pas fonctionné pour moi », déplore Sandrine, 40 ans qui s’est résignée à l’adoption. Quatre ans d’hormones, de piqûres, de désirs engloutis à chaque échec… J’ai cru devenir folle », témoigne de son cote Marie, la trentaine.
A toutes ces pressions médicales et financières, s’ajoute une autre encore plus pernicieuse : le regard de la société. « La stigmatisation autour de l’infertilité engendre un niveau de détresse psychologique alarmant: culpabilité, dépression sévère, stress permanent , conduites suicidaires, pertes de revenus. des difficultés financières, affectant le bien-être mental et psychosocial des personnes concernées.. C’est un véritable problème de santé publique », alerte YIVI Dosseh, Psychologue au Centre Kekeli , un centre qui travaille pour le bien etre des femmes et des enfants.
« C’était très douloureux de voir mes amies tomber enceintes les unes après les autres alors que moi, rien ne fonctionnait. Je me sentais inutile, vide, humiliée. J’ai même pensé plusieurs fois à me suicider », raconte Akpene
Femme stérile , épanouissement personnel et familial compromis
Très souvent, la société fait porter l’entière responsabilité de cette incapacité à procréer aux femmes mais dans la plupart des cas, L’infertilité n’affecte pas seulement la femme, mais l’ensemble de la cellule familiale. Le conjoint vit aussi ses propres émotions, qu’il s’agisse de tristesse, de frustration ou même d’un sentiment d’échec.
« Mon mari et moi voulions tellement fonder notre famille Mais après 3 fausses couches de suite, nous avons dû renoncer à notre rêve. Notre couple en a pris un coup même si nous nous aimons profondément », confie Simone, 38 ans.
« La découverte de mon infertilité a été un choc terrible. Cette impossibilité de concevoir un bébé a été dévastatrice. J’ai perdu des amies, ma belle famille me rejette et mon estime de soi a pris un coup. témoigne Julie, 36 ans.
Les proches peuvent ressentir de la culpabilité face aux échecs répétés ou un manque affectif en raison de l’attention concentrée sur le projet bébé. Les hommes aussi subissent ces pressions. Nombre d’entre eux, par tradition mais aussi par fierté bafouée, n’hésitent pas à prendre une seconde, voire troisième épouse pour assurer leur descendance. Peu importe les risques de polygamie, de divorces, de déchirures familiales.
Les hommes aussi subissent ces pressions. Nombre d’entre eux, par tradition mais aussi par fierté bafouée, n’hésitent pas à prendre une seconde, voire troisième épouse pour assurer leur descendance. Peu importe les risques de polygamie, de divorces, de déchirures familiales. « Il n’est pas rare que des maris, confrontés à l’infertilité, aillent endosser une autre partenaire dans le but d’avoir un enfant. Un homme qui n’a pas d’enfant est un homme non viril. Il faut sauver son honneur à tous prix !
« Que l’infertilité touche directement un ou deux membres du couple, elle retentit sur la dynamique globale. Un accompagnement psychologique s’avère donc essentiel afin d’apaiser les tensions et de resserrer les liens ébranlés par cette douloureuse épreuve » c’est ce que préconise YIVI Dosseh Psychologue
Briser la pesanteur sociale
Ce phénomène d’enfantement, reflète l’importance de la descendance dans de nombreuses cultures africaines. Ne pas avoir d’enfant est encore tabou et synonyme d’échec personnel et social. L’empathie, le soutien familial, le non jugement, la bienveillance, la neutralité, etc. sont ce dont elle aura plus besoin. YIVI Dosseh Psychologue Centre Kekeli, Il est aussi important de communiquer ouvertement, de se serrer les coudes dans les moments sombres et de puiser dans l’amour qui unit pour surmonter cette dure réalité. Et de se faire Accompagner psychologiquement si nécessaire.
Les causes de l’infertilité proviennent de 30% de l’homme, 30% de la femme 30% du couple et dans 10% des cas , les causes sont ignorées. Et ces traitements peuvent donner des résultats. Et quand il n’y a pas de cause, il n’y a pas de traitement. Et donc, au-delà de tout, c’est Dieu qui donne des enfants. Laisse entendre M’BORTCHE Bingo K. Gynécologue – Obstétricien ATBEF
« C’est important que la société reconnaisse la détresse que vivent les femmes infertiles. On se sent très seules et incomprises face aux jugements et à l’insensibilité de plusieurs », plaide
Des solutions qui devront se décliner sur plusieurs plans : médical, psychologique, financier et social.Développer des campagnes de masse pour rendre cette souffrance intime audible. Faire évoluer les mentalités pour que le regard de la société ne soit plus une torture pour ces femmes Il faut aussi plaider pour l’accès à des traitements financièrement abordables et médicalement encadrés accompagner ces couples dans leur détresse par un suivi psychologique renforcé.
Briser le silence, changer le regard, multiplier les solutions : la lutte contre l’infertilité féminine doit se jouer à plusieurs niveaux. Car derrière les statistiques se cachent des femmes, des hommes, des familles aux âmes meurtries.









