Le film « Une si longue nuit » de la réalisatrice burkinabé Delphine Yerbanga, présenté en avant-première au Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) 2025, émerge comme une œuvre essentielle dans la défense des droits des femmes en Afrique. Cette création cinématographique, au-delà de sa valeur artistique indéniable, constitue un puissant manifeste pour l’égalité de genre et la dignité humaine dans les sociétés traditionnelles africaines.
Le long-métrage plonge dans le quotidien d’Aïcha, une femme rurale du Burkina Faso, dont la vie bascule lorsqu’elle découvre que son mari, considérablement plus âgé qu’elle, prend une seconde épouse plus jeune. Cette trame narrative, loin d’être simplement fictionnelle, illustre avec acuité les défis persistants auxquels sont confrontées de nombreuses femmes africaines : mariage précoce, polygamie, et les conséquences psychologiques et sociales qui en découlent.
« J’ai voulu créer une ode à la femme africaine, » explique Delphine Yerbanga, soulignant sa volonté de mettre en lumière non seulement les difficultés mais aussi « la force et la résilience des femmes face à l’adversité. » La réalisatrice place au cœur de son œuvre la question fondamentale du droit des femmes à l’autodétermination et à la dignité.
Un film qui transcende l’esthétique pour défendre des droits fondamentaux
La critique unanime salue la narration poétique et les images saisissantes qui caractérisent « Une si longue nuit ». L’interprétation remarquable de l’actrice principale parvient à incarner toute la complexité émotionnelle d’une femme dont les droits fondamentaux sont quotidiennement remis en question par des structures sociales patriarcales. Le film ne se contente pas de dénoncer – il propose également une vision alternative fondée sur la solidarité féminine comme vecteur d’émancipation. Cette dimension est particulièrement importante dans un contexte où les mouvements pour les droits des femmes gagnent en visibilité et en influence à travers le continent africain.
Patrimoine culturel et droits humains : un équilibre délicat
Tout en abordant frontalement les questions de droits humains, Delphine Yerbanga prend soin de mettre en valeur la beauté de la culture africaine et la richesse de la tradition orale. Les proverbes et contes traditionnels qui émaillent le récit ajoutent une profondeur contextuelle essentielle, démontrant qu’il est possible de préserver le patrimoine culturel tout en faisant progresser les droits des femmes. Cette approche nuancée est particulièrement pertinente dans les débats contemporains sur les droits humains en Afrique, où la tension entre valeurs traditionnelles et droits universels reste un enjeu majeur.
La sélection du film pour concourir au prix du meilleur film du FESPACO 2025, dont la cérémonie est prévue pour le 1er mars 2025, offre une plateforme internationale à ce plaidoyer pour les droits des femmes. La diffusion en direct sur les chaînes de télévision locales permettra également d’atteindre un public plus large et d’alimenter le débat public sur ces questions essentielles.
« Une si longue nuit » transcende ainsi sa nature artistique pour devenir un outil de sensibilisation et de mobilisation en faveur de l’égalité des sexes. En exposant les injustices systémiques qui affectent les femmes dans certaines communautés rurales, le film de Yerbanga contribue à briser le silence et à faire avancer la cause des droits humains au Burkina Faso et au-delà.









