Le continent africain fait face à un déclin alarmant de l’état de droit, avec des répercussions directes sur les droits humains fondamentaux. C’est ce qu’estime le rapport « Rule of Law Index 2025 ». Publié ce 28 octobre par le World Justice Project (WJP) le document révèle que sur les 38 nations africaines analysées, une majorité écrasante , soit 28 pays , a enregistré une détérioration de des performances.
Cette régression s’inscrit dans un contexte plus large de contraction des espaces civiques et d’érosion de l’indépendance judiciaire, des facteurs qui minent directement des droits essentiels comme la liberté d’expression, le droit à un procès équitable et la protection contre les discriminations.
Le rapport, qui évalue 143 pays à l’échelle mondiale via 44 indicateurs regroupés en catégories principales notamment les contraintes imposées au pouvoir exécutif, l’absence de corruption, les droits fondamentaux et la justice pénale , met en évidence un recul continu de l’état de droit en Afrique pour la troisième année d’affilée. Ces tendances soulignent comment les violations des droits humains se multiplient lorsque les institutions faiblissent, exposant les populations à des risques accrus d’arbitraire et d’injustices.
Pays les plus touchés : Implications pour les Droits Humains
Le panorama global dressé par le WJP est particulièrement sombre pour l’Afrique, où la majorité des pays ont vu leur score baisser, aggravant les vulnérabilités en matière de droits de l’homme. Parmi les nations les plus affectées, le Soudan affiche la chute la plus drastique avec une diminution de 4,4 %, suivi du Mozambique (-3,9 %), du Togo (-2,9 %), de la Tunisie (-2,7 %), du Niger (-2,7 %), de l’Éthiopie (-2,4 %), du Mali (-2,2 %) et du Burkina Faso (-2 %).
Les causes évoquées incluent des coups d’État militaires, des restrictions imposées aux libertés publiques, une manipulation du système judiciaire et un effondrement des structures étatiques, des phénomènes qui entraînent systématiquement des violations massives des droits humains. Par exemple, au Soudan, les conflits armés ont conduit à des attaques contre les civils, violant le droit à la vie et à la sécurité , comme documenté par des organisations internationales. De même, dans des pays comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso, le rapport estime que le retrait récent de la Cour pénale internationale (CPI) représente un recul majeur pour les victimes de crimes graves, limitant l’accès à la justice et à des recours efficaces .
En Tunisie, les efforts pour restreindre les compétences de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples illustrent comment l’affaiblissement de l’indépendance judiciaire peut entraver la lutte contre les violations des droits humains, y compris la liberté d’expression et l’égalité devant la loi. Cet état de choses, estiment les experts, réduit les espaces pour la société civile, favorise des pratiques comme la censure de la presse et la répression des manifestations.
Selon ces derniers, ce recul de l’état de droit amplifie les inégalités, particulièrement pour les minorités et les groupes vulnérables, et porte entrave auxengagements internationaux tels que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Des Signes d’Espoir : Des pays qui renforcent les Droits
Malgré ce tableau préoccupant, huit pays africains ont réussi à inverser la courbe, démontrant que des avancées en matière d’état de droit sont réalisables même dans un environnement hostile aux valeurs démocratiques. Ces progrès, bien que modestes, soulignent l’importance de réformes ciblées pour protéger les droits de l’homme et promouvoir la résilience institutionnelle.Le Sénégal mène ce groupe avec une amélioration de +1,6 %, suivi de la Sierra Leone (+1,4 %), du Gabon (+1,3 %), du Botswana (+1 %), de Madagascar (+0,7 %) et du Maroc (+0,4 %). Bien que le rapport n’identifie pas explicitement les deux autres nations, ces exemples illustrent des efforts en matière de réformes judiciaires, de transparence accrue et de mécanismes renforcés.
Au Sénégal, malgré une crise politique entre 2023 et 2024, les autorités ont stabilisé les institutions et restauré la confiance dans le système judiciaire, ce qui a contribué à mieux sauvegarder des droits comme la liberté d’assemblée et l’accès à la justice. Au sommet du classement continental, le Rwanda maintient sa position de leader depuis 2021, avec un score global de 0,63 sur 1, le plaçant au 39e rang mondial. Ce pays excelle dans des domaines tels que l’ordre et la sécurité (0,85), l’absence de corruption (0,69) et la justice civile (0,65). La liste est complétée par la Namibie (45e mondial, score 0,61) et Maurice (47e), suivis dans le top 10 africain par le Botswana, le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Ghana, le Malawi et la Tunisie. À l’opposé, l’Algérie ferme le classement des 38 pays africains, occupant la 88e place globale, reflétant des défis persistants en matière de droits fondamentaux et de gouvernance ouverte.
Sur la scène internationale, des nations comme le Danemark, la Norvège, la Finlande, la Suède et la Nouvelle-Zélande dominent les cinq premières positions, servant d’exemple pour l’Afrique en termes de respect des droits de l’homme.Le WJP exhorte les gouvernements africains à réinvestir dans les institutions, à sauvegarder les contre-pouvoirs et à assurer l’indépendance de la justice, car ces mesures sont essentielles pour contrer les violations des droits humains et promouvoir l’égalité.









