Près de vingt ans après l’adoption du Protocole de Maputo par l’Union africaine et plus de quinze ans après sa ratification par la République démocratique du Congo, qu’est-ce qui a concrètement changé dans la vie quotidienne des femmes ? C’est à cette question que le ministère du Genre, de la Famille et de l’Enfant a tenté de répondre. Le ministère a validé, fin 2025, le deuxième rapport étatique sur la mise en œuvre de ce texte, dressant un bilan à la fois des avancées enregistrées et des défis persistants en matière d’égalité de genre, de lutte contre les violences et d’accès aux droits fondamentaux.
Le rapport validé à Kinshasa fait suite au premier rapport soumis en 2015. Il couvre les progrès réalisés depuis la ratification du Protocole de Maputo par la RDC en 2008 et sa publication au Journal officiel en 2018. Élaboré avec l’appui d’IPAS/RDC et de la Cellule d’Études et de Planification pour la Promotion de la Femme (CEPFE), le document fait le point sur près d’une décennie d’actions publiques, en matière de santé reproductive, de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) et de gouvernance inclusive depuis la ratification du Protocole Il s’agit d’un exercice d’auto-évaluation, dans lequel l’État congolais examine ses propres politiques, reconnaît ses progrès et identifie ses insuffisances.
Selon les autorités, des progrès ont été enregistrés dans plusieurs domaines clés ayant un impact direct sur le quotidien des femmes congolaises. Le rapport souligne notamment des avancées en matière de santé reproductive, de prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre et de renforcement de la gouvernance inclusive.
Cela se traduit , selon le rapport, par un meilleur accès aux services de santé, une reconnaissance des violences sexuelles comme crimes, et une volonté affichée de l’État de lutter contre l’impunité. Lors de l’atelier de validation, la ministre du Genre, Micheline Ombae Kalama, a présenté ce rapport comme une étape importante vers une égalité plus effective en saluant la Première ministre Judith Suminwa Tuluka pour son soutien aux politiques publiques en faveur des droits des femmes.
Cependant, le rapport reconnaît aussi des défis majeurs notamment : la faible participation politique des femmes, une persistance des violences sexuelles, l’accès limité à la justice pour les survivantes et le poids des normes sociales discriminatoires, en particulier dans les zones rurales et affectées par les conflits armés.
Le Protocole de Maputo : un instrument africain des droits de la femme
Le Protocole de Maputo est un texte clé de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique. Adopté en 2003 par l’Union africaine et entré en vigueur en 2005, le document prend en compte les réalités sociales, culturelles et politiques propres aux sociétés africaines.
Ce protocole impose aux États parties des obligations juridiquement contraignantes pour garantir l’égalité entre les femmes et les hommes, éliminer les violences, lutter contre les pratiques néfastes et assurer l’autonomisation économique et politique des femmes. À ce jour, 46 États africains sur 55 l’ont ratifié, dont la RDC et le Togo, témoignant d’un engagement continental encore inégalement appliqué.
Le Protocole de Maputo compte 32 articles, couvrant l’ensemble des droits humains des femmes. Plusieurs d’entre eux ont un impact direct sur la vie quotidienne des populations africaines. Entre autres :
L’article 2, consacré à l’élimination de la discrimination, oblige les États à inscrire l’égalité entre les sexes dans leurs constitutions et à lutter activement contre les stéréotypes culturels. Pour de nombreuses femmes africaines, cela signifie un accès plus équitable à l’éducation, à l’emploi et à la justice.
L’article 4 protège le droit à la vie, à l’intégrité et à la sécurité. Il impose l’interdiction de toutes les formes de violences contre les femmes, y compris en contexte de conflit armé. En RDC, où les violences sexuelles ont longtemps été utilisées comme arme de guerre, cet article revêt une importance cruciale pour les survivantes et leurs communautés.
L’article 5 s’attaque aux pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines et les coutumes dégradantes. Son application contribue à protéger la dignité et la santé de millions de jeunes filles à travers le continent.
L’article 6, relatif au mariage, fixe l’âge minimum à 18 ans et garantit le consentement libre et éclairé. Dans un contexte où les mariages précoces restent fréquents, cette disposition constitue un levier essentiel pour la protection des droits des adolescentes.
Et l’article 14 sur la santé et les droits reproductifs, souvent controversé, garantit l’accès à la contraception, à l’information sur le VIH/SIDA et à l’avortement sécurisé dans des cas spécifiques comme le viol ou le danger pour la mère. Pour les femmes africaines, ces droits sont intimement liés à la survie, à la dignité et à l’autonomie.
Les États parties au Protocole de Maputo ont l’obligation d’intégrer ses dispositions dans leur droit interne. Cela implique l’adoption de lois, la mobilisation de budgets spécifiques, la mise en place d’institutions efficaces et la soumission régulière de rapports à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le non-respect de ces engagements peut conduire à des recours devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
En août 2025, la République centrafricaine est devenue le 46ᵉ État partie au Protocole de Maputo.









