Le 15 janvier, au Palais de justice d’Abidjan-Plateau, 29 nouveaux avocats ont prêté serment devant les juridictions ivoiriennes. Parmi eux, un nom retient particulièrement l’attention : Gondo Sahi Mardochée Ebénézer. À seulement 22 ans, ce jeune juriste devient le plus jeune avocat jamais admis au Barreau de Côte d’Ivoire, illustrant à la fois l’excellence académique, le droit à l’éducation et l’accès des jeunes à la justice.
La salle d’audience du Palais de justice d’Abidjan-Plateau a été le théâtre d’un moment rare dans l’histoire judiciaire ivoirienne. En prêtant serment aux côtés de ses pairs, Maître Gondo Sahi Mardochée Ebénézer a officiellement intégré le Barreau de Côte d’Ivoire, rejoignant ainsi un corps professionnel chargé de défendre les libertés fondamentales et l’État de droit.
Sur les 29 impétrants de cette nouvelle promotion, son âge constitue une singularité remarquable. À 22 ans, il devance de plusieurs années l’âge moyen d’entrée dans la profession, généralement situé entre 27 et 30 ans, en raison de la durée des études juridiques, du passage du Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA) et de la formation professionnelle.
Comment s’explique cette ascension précoce?
Scolarisé au Lycée Moderne 2 de Daloa, il obtient son baccalauréat à l’âge de 14 ans, un fait peu commun dans le système éducatif ivoirien. Il s’oriente ensuite vers les sciences juridiques, poursuivant sa formation à l’Université Internationale Bilingue Africaine (UIBA), puis aux Facultés Universitaires Privées d’Abidjan (FUPA).
Son cursus est couronné par une performance académique notable : il termine major de promotion au Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat, concours réputé pour sa rigueur et son taux de sélection exigeant.
Bien avant son entrée officielle au Barreau, le jeune juriste s’était déjà illustré sur la scène régionale. En 2021, il remporte le prix du meilleur plaideur lors du concours « Génies en herbe » de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA).
Ce concours, qui réunit chaque année des étudiants et jeunes juristes issus de plusieurs pays africains, vise à renforcer les compétences en droit des affaires et en argumentation juridique. Cette distinction témoignait déjà de solides capacités d’analyse, de plaidoirie et de maîtrise du droit, des qualités essentielles à l’exercice de la profession d’avocat.
Jeunesse, justice et renouvellement des élites juridiques
Le parcours de Maître Gondo Sahi Mardochée Ebénézer illustre de manière concrète l’effectivité du droit à l’éducation, consacré par la Constitution ivoirienne et par les instruments internationaux tels que la Convention relative aux droits de l’enfant et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
Toutefois, l’accès à la profession d’avocat à un si jeune âge pose la question du renouvellement générationnel au sein des professions judiciaires. Selon plusieurs rapports nationaux et internationaux, le manque d’avocats, leur concentration dans les grandes villes et le coût des procédures constituent encore des obstacles majeurs à l’accès effectif à la justice en Côte d’Ivoire. L’entrée de jeunes juristes qualifiés dans la profession est ainsi perçue comme une occasion de renforcer la défense des droits humains et l’assistance juridique surtout pour les plus jeunes.
En Côte d’Ivoire, où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, selon les données démographiques nationales, cette réussite envoie un signal fort : la jeunesse peut être un acteur central de la justice et de l’État de droit, à condition de bénéficier des opportunités nécessaires.
L’entrée de Maître Gondo Sahi Mardochée Ebénézer au Barreau de Côte d’Ivoire à seulement 22 ans constitue une étape rare, mais porteuse d’espoir. Elle rappelle que l’accès à l’éducation, la promotion du mérite et l’ouverture des professions juridiques sont des piliers essentiels pour renforcer la justice et les droits humains. Ce parcours ouvre sans doute une perspective : celle d’une justice plus jeune, plus accessible et plus proche des citoyens.









