Depuis des décennies, les scientifiques se heurtaient à une énigme majeure : où disparaissait la majeure partie du plastique produit par l’humanité et déversé dans nos océans ? On connaissait les déchets visibles à la surface de l’eau, les microplastiques détectés dans les sédiments et les organismes marins. Mais une grande partie de cette pollution restait introuvable, comme dissoute dans l’invisible.Aujourd’hui, une équipe de chercheurs néerlandais de l’Institut royal de recherche sur la mer vient de lever le voile sur ce mystère…
Leur étude révèle la présence massive de nanoplastiques – des particules si minuscules qu’elles échappaient jusque-là aux instruments de mesure – dans l’Atlantique Nord. Selon leurs estimations, cette partie de l’océan abriterait 27 millions de tonnes de ces contaminants invisibles.
À l’origine de cette découverte, une expédition scientifique menée par Sophie ten Hietbrink, doctorante à l’Université d’Utrecht. À bord d’un navire de recherche, elle a collecté des échantillons d’eau en douze points stratégiques, de l’archipel des Açores jusqu’aux côtes européennes. Objectif : traquer les particules plastiques de moins d’un micromètre, invisibles à l’œil nu et indétectables par les méthodes classiques.
Les résultats, publiés dans la revue Nature, ont stupéfié la communauté scientifique. Les calculs d’extrapolation montrent que l’Atlantique Nord seul contient l’équivalent de 27 millions de tonnes de nanoplastiques en suspension. Pour la chercheuse, ces chiffres sont « choquants » et confirment que la majeure partie de la pollution plastique marine est constituée de particules invisibles.
Les sources multiples de cette contamination
Les nanoplastiques ne proviennent pas d’une seule source. Leur origine est multiple :
• Les fleuves et rivières, qui charrient depuis les continents des déchets plastiques fragmentés
• L’atmosphère, où des particules de plastique circulent et retombent avec les pluies
• La dégradation des macro-déchets déjà présents dans l’océan, fragmentés par les vagues, le sel et le rayonnement solaire
Une fois dans l’eau, ces nanoparticules s’intègrent au plancton, contaminent les bactéries et les micro-organismes, puis remontent toute la chaîne alimentaire jusqu’aux poissons, aux mammifères marins… et finalement aux êtres humains.
Une menace sanitaire encore mal évaluée
Le géochimiste Helge Niemann, co-auteur de l’étude, souligne que les nanoplastiques ont la capacité de pénétrer profondément dans les tissus vivants, y compris dans le cerveau humain. Des analyses ont déjà permis de détecter des traces de plastique dans le sang, le lait maternel et les tissus cérébraux, ce qui ouvre un champ d’inquiétude immense sur les conséquences neurologiques et métaboliques possibles.
Pour l’instant, les effets exacts de cette contamination sur la santé humaine restent mal connus, mais plusieurs études indiquent des risques d’inflammation chronique, de perturbation endocrinienne et d’atteintes neurologiques.
Un point de non-retour environnemental
Contrairement aux macro-déchets que l’on peut encore collecter, les nanoplastiques sont impossibles à retirer de l’environnement. Ils circulent librement dans l’eau, l’air et le sol, s’infiltrant dans tous les écosystèmes et jusque dans nos assiettes. Cette irréversibilité de la contamination change radicalement la nature du problème : chaque gramme de plastique produit aujourd’hui rejoindra tôt ou tard cette « armée invisible » de particules toxiques.
Pour les chercheurs, il ne s’agit plus seulement de nettoyer, mais d’arrêter net la production et le rejet de nouveaux plastiques pour limiter l’aggravation de cette pollution.
Une urgence planétaire
Cette découverte dans l’Atlantique Nord n’est que la partie émergée d’un problème mondial. Des études similaires sont déjà en cours dans le Pacifique, l’océan Indien et les mers polaires. Tout indique que cette pollution invisible est omniprésente et en constante augmentation.
Pour la communauté scientifique, si rien n’est fait, les générations futures hériteront d’une biosphère intégralement contaminée, où chaque goutte d’eau, chaque bouffée d’air et chaque aliment porteront la trace de cette empreinte plastique indélébile.









