Une cinquantaine de femmes leaders, militantes, entrepreneures, journalistes et responsables institutionnelles se sont réunies ce 5 mai 2026 dans le jardin de l’hôtel Lébéné à Lomé dans un « cercle au vert ». L’initiative portée par EkinaMag avec l’appui de la Délégation de l’Union européenne au Togo a été placée sous le thème « les droits des femmes à l’ère du numérique ». Cette rencontre a permis d’aborder les violences numériques, la fracture digitale de genre et les enjeux d’une inclusion technologique respectueuse des droits fondamentaux .
Le jardin de l’hôtel Lébénè n’avait rien d’un cadre classique pour un débat sur les droits numériques, mais c’etait le choix de Ekinamag pour précisément renverser la tendance: sortir ces discussions souvent techniques et enfermées dans les salles de conférence pour les ramener à une dimension plus humaine, plus intime et plus libre.
Des femmes de différents corps professionnels et sociaux s’y sont retrouvées pour repenser le numérique comme un espace de droits, mais aussi comme un terrain où se rejouent des inégalités déjà présentes dans la société.
Dès l’ouverture des échanges, Ginette Bayi Adekambi, Directrice Exécutive du Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D)a fait une intervention mêlant analyse et plaidoyer et a mis en lumière les multiples formes de violences et de discriminations que subissent les femmes dans les espaces numériques.Cyberharcèlement, diffusion de contenus intimes sans consentement, intimidation sur les réseaux sociaux, campagnes de dénigrement visant particulièrement les femmes qui prennent publiquement la parole : autant de réalités qui traduisent, selon elle, une reproduction des violences de genre dans l’univers digital. « Le problème n’est pas seulement technologique mais aussi culturel », a-t-elle laissé entendre. L’intervenante a aussi rappelé que l’accès des femmes au numérique reste encore profondément marqué par des obstacles sociaux, éducatifs et économiques. Si les technologies numériques représentent des opportunités d’autonomisation, elles peuvent également devenir des espaces d’exclusion . L’intervenante a donc invité les politiques publiques a prendre en compte les réalités de genre.
Libérer la parole sur des violences souvent invisibles
Le format choisi par les organisatrices ( un cercle d’échanges interactif) a favorisé une prise de parole plus libre et plus intime. Plusieurs participantes ont partagé leurs expériences personnelles ou professionnelles face aux discriminations dans les espaces numériques.
Certaines ont évoqué l’autocensure provoquée par les attaques en ligne, d’autres les difficultés d’accès aux outils numériques ou encore les normes socioculturelles qui découragent les jeunes filles de s’orienter vers les métiers du digital.
Ces témoignages ont révélé une réalité virtuelle : le numérique peut être source d’opportunités autant que source de violences et de violations : de nombreuses femmes continuent de faire face à des barrières invisibles qui limitent leur participation pleine et entière à l’espace public numérique. Toutefois, les échanges ont aussi laissé place à des récits d’émancipation. Des participantes ont raconté comment les réseaux sociaux, les plateformes numériques ou les espaces de création en ligne sont devenus pour elles des outils de visibilité, d’entrepreneuriat ou de mobilisation citoyenne.
Une transformation digitale inclusive comme enjeu de droits humains
Présent à la rencontre au nom de l’ambassadeur de l’Union européenne au Togo, Ferrucio Bogo a rappelé que « les droits des femmes à l’ère du numérique est d’une grande actualité et d’une importance stratégique. C’est pourquoi, a t’il souligné, l’union européenne fermement engagée en faveur de l’égalité est activé engagée à promouvoir un numérique à la fois ouvert, sûr et inclusif».
Selon le représentant de l’ambassadeur de l’UE, « la promotion des droits des femmes est essentielle pour une transformation digitale inclusive. Il est crucial que les femmes aient accès aux outils numériques, puissent les utiliser en toute sécurité et en tirer pleinement profit, dans l’éducation, l’emploi ou l’entrepreneuriat ».
Son intervention a également mis l’accent sur des problématiques émergentes comme les biais algorithmiques, capables de reproduire dans les systèmes technologiques les discriminations déjà présentes dans les sociétés humaines.
EkinaMag, entre engagement médiatique et plaidoyer féministe
Pour Hélène Doubidji, fondatrice d’EkinaMag, cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’un engagement éditorial et militant en faveur des droits des femmes.
« Le numérique est à la fois un levier d’émancipation et un espace où se reproduisent les inégalités. Il est urgent de réduire la fracture numérique entre les sexes et de renforcer la visibilité des initiatives féminines », a-t-elle souligné.
À travers cette initiative, EkinaMag entend non seulement créer des espaces de dialogue entre femmes leaders, mais aussi encourager une réflexion plus large sur la place des femmes dans les transformations sociales et technologiques en cours.
L’invitation adressée aux participantes mettait d’ailleurs déjà l’accent sur la nécessité de réfléchir collectivement à l’accès des femmes au numérique, au leadership féminin en ligne ainsi qu’à la lutte contre les violences numériques.
L’art, langage de promotion d’égalité
La rencontre a également accordé une place importante à l’expression artistique. La slameuse Orakle a livré une performance marquée par des textes puissants sur la résilience des femmes face aux violences et aux silences imposés.En parallèle, l’artiste peintre Akoko Amedo a réalisé en direct une œuvre inspirée des échanges de la journée. couleurs vives, symboles évocateurs…La toile traduisait les luttes, les fractures mais aussi les espoirs portés par les participantes.
Dans cet espace mêlant débat citoyen et création artistique, les organisatrices ont voulu rappeler que les droits humains se racontent aussi à travers les émotions, les récits et les formes culturelles.
Au terme des échanges, il ressort que l’inclusion numérique des femmes ne relève pas d’un simple enjeu technologique. Elle touche aux droits fondamentaux, à la liberté d’expression, à l’accès à l’information, à l’autonomie économique et à la participation démocratique. Ce « Cercle au vert » aura surtout permis de rendre visibles des problématiques souvent minimisées ou d’ouvrir des réflexions plus poussées sur la question.







