Des acteurs de la chaîne pénale, des organisations de la société civile et des responsables institutionnels se sont réunis pendant deux (2) jours pour réfléchir à l’amélioration des conditions de détention au Togo. Cette rencontre initiée par le Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT) avec l’appui de l’Association pour la prévention de la torture (APT) et le financement de l’Union européenne, vise à examiner les garanties juridiques et procédurales accordées aux personnes privées de liberté, dans un contexte marqué par des préoccupations persistantes autour du respect des droits fondamentaux dans les lieux de détention.
La question des conditions de détention et du respect des droits fondamentaux des détenus revient au cœur du débat public au Togo. Une assise nationale multi-acteurs consacrée à l’amélioration de la situation des personnes privées de liberté dans le pays a été organisé pour répondre à la problématique.
Organisée par le Collectif des associations contre l’impunité au Togo (CACIT), cette rencontre tenue du 05 au 7 mai s’inscrit dans le cadre du projet « Initiatives de prévention de la torture et des mauvais traitements au Togo », mis en œuvre avec l’Association pour la prévention de la torture (APT) grâce au soutien financier de l’Union européenne.
Pendant deux jours, magistrats, avocats, commissaires de police, administrateurs de prison et représentants de la société civile échangent autour des pratiques observées dans la chaîne pénale togolaise et des réformes nécessaires pour mieux protéger les droits des détenus.
Des préoccupations persistantes autour de la garde à vue et de la détention provisoire
Au Togo, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement des dysfonctionnements dans les procédures judiciaires, notamment au stade de la garde à vue et de la détention provisoire.
Ces préoccupations concernent aussi bien le respect des délais légaux que les garanties offertes aux personnes arrêtées, notamment l’accès à un avocat, le droit à un procès équitable ou encore les conditions de détention.
Présent à l’ouverture des travaux, le Directeur des affaires pénales et des grâces, Tossa Amouzou Akohouegnon, a reconnu l’existence de certaines insuffisances dans l’application des textes.
« Il arrive qu’on observe dans certaines procédures pénales que la loi ne soit pas respectée à toutes les étapes de la procédure », a-t-il déclaré.
Le magistrat a notamment évoqué des irrégularités observées lors des enquêtes préliminaires ainsi qu’un recours fréquent à la détention provisoire, parfois au détriment de mesures alternatives pourtant prévues par la loi.
Selon lui, certaines personnes poursuivies pourraient comparaître libres sous contrôle judiciaire sans être systématiquement placées en détention pendant toute la durée de la procédure.
Cette reconnaissance publique des difficultés existantes traduit, pour plusieurs observateurs, une volonté d’ouvrir un dialogue plus transparent sur le fonctionnement du système pénitentiaire togolais.
“Les détenus restent des êtres humains”, rappelle le CACIT
Au-delà des statistiques et des considérations juridiques, les organisateurs ont insisté sur la dimension humaine de la problématique carcérale.Dans son intervention, le Directeur exécutif du CACIT, Ghislain Nyaku, a appelé les participants à replacer la dignité humaine au centre des discussions.
« Derrière chaque chiffre qui sera évoqué aujourd’hui, se trouve un père, une mère de famille, un fils, une fille, un jeune homme, une jeune femme en attente de jugement », a-t-il souligné.
Avant d’ajouter que les personnes détenues, quelles que soient les accusations retenues contre elles, « n’ont pas cessé d’être des êtres humains ».
Une déclaration qui rappelle les principes fondamentaux du droit international des droits humains, notamment les règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, également connues sous le nom de Règles Mandela.Ces normes internationales rappellent que toute personne privée de liberté conserve ses droits fondamentaux, à l’exception des restrictions strictement liées à sa détention.
Des données recueillies dans les 13 prisons civiles du Togo
Les échanges en cours à Lomé s’appuient notamment sur une récente mission de monitoring menée par les équipes du CACIT entre janvier et février 2026 dans les 13 prisons civiles du pays.Cette opération de terrain a permis de recueillir des informations sur les conditions de détention mais aussi sur l’application effective des garanties juridiques accordées aux détenus.
Les données collectées portent notamment sur : la durée des détentions provisoires , les conditions de garde à vue, l’accès à la défense, le respect des procédures judiciaires, la surpopulation carcérale , les réalités sanitaires et sociales dans les établissements pénitentiaires.À travers ces travaux, les participants ambitionnent d’identifier les failles du système actuel tout en proposant des pistes de réforme concertées.
À l’issue de cette assise, un document d’analyse compilant les données recueillies sera élaboré. Le CACIT annonce également la publication prochaine d’un livre blanc consacré à la situation des personnes privées de liberté au Togo.Ce document devrait contenir un état des lieux détaillé des pratiques observées sur le terrain ainsi qu’une série de recommandations destinées aux autorités judiciaires, pénitentiaires et politiques.
L’objectif est de contribuer à une meilleure protection des droits fondamentaux dans les lieux de détention et à une application plus rigoureuse des garanties prévues par les textes nationaux et internationaux.
Au Togo comme dans plusieurs États africains, les défis restent nombreux : surpopulation des prisons, lenteur judiciaire, détentions provisoires prolongées ou encore insuffisance des infrastructures pénitentiaires.Dans ce contexte, les recommandations issues de cette rencontre pourraient ouvrir la voie à des réformes plus profondes visant à renforcer les garanties procédurales et le respect de la dignité humaine dans le système pénal togolais.







