En 2026, la liberté de la presse atteint son plus bas niveau mondial depuis 25 ans, selon le Classement mondial de Reporters sans frontières. Le score global baisse considérablement en un an, révélant une dégradation rapide et profonde de l’accès à l’information. En Afrique, la situation est encore plus préoccupante : le continent s’enfonce dans une spirale de censure, de violences et de restrictions.
Le rapport RSF 2026 dresse un constat sans appel : l’espace mondial de la liberté d’informer se rétrécit à grande vitesse. Jamais, en un quart de siècle, la liberté de la presse n’avait atteint un niveau aussi bas », estime le RSF. Dans son classement 2026 d, l’organisation enregistre une dégradation d’environ 10 % par rapport à l’année dernière, révélant une détérioration généralisée, y compris dans des pays traditionnellement considérés comme des bastions de la démocratie.
Même les “bons élèves” ne sont plus épargnés. Des pays comme la Norvège, longtemps en tête du classement, enregistrent un recul significatif. Ce déclin, bien que relatif, illustre une tendance globale : aucun système médiatique n’est désormais totalement à l’abri des pressions politiques, économiques ou technologiques.
Les violences contre les journalistes explosent. RSF signale une hausse de plus de 20 % des arrestations en un an. À cela s’ajoute une réalité plus sombre encore : depuis 2006, plus de 700 journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier, selon l’UNESCO. Une statistique glaçante qui rappelle que l’information peut coûter la vie.
Les démocraties occidentales ne sont pas épargnées. Aux États-Unis et en Europe, la polarisation politique, les attaques contre les médias et la défiance du public fragilisent l’écosystème de l’information. À cela s’ajoute un facteur nouveau et déstabilisant : l’irruption massive de l’intelligence artificielle et la prolifération de la désinformation. Les deepfakes, les campagnes coordonnées et les manipulations numériques brouillent les repères, rendant le travail journalistique plus difficile et plus dangereux.
Dans ce contexte, RSF alerte : « La liberté de la presse est aujourd’hui menacée par une combinaison inédite de pressions politiques, économiques et technologiques. » Une convergence de crises qui redéfinit les règles du jeu médiatique.
Afrique : un continent en chute libre face à la censure
Sur le continent africain, le tableau est particulièrement préoccupant. Le score moyen de la liberté de la presse est passé d’environ 50/100 en 2020 à près de 42/100 en 2026. Une chute brutale qui traduit une dégradation structurelle. Aujourd’hui, près de 70 % des pays africains sont classés dans les catégories “problématique” ou “difficile”.
Certains pays connaissent des reculs spectaculaires. L’Afrique du Sud, longtemps citée comme modèle, perd une vingtaine de places, fragilisée par les pressions politiques et les attaques contre les journalistes d’investigation. Le Nigeria chute d’une quinzaine de rangs, marqué par des arrestations arbitraires et une répression accrue des médias critiques. En Éthiopie, malgré la fin officielle du conflit du Tigré, la censure persiste et les journalistes restent sous surveillance étroite.
Au Mali et au Sénégal, des vagues d’arrestations massives ont suivi des périodes électorales tendues, ciblant des journalistes accusés de “troubles à l’ordre public”. Au Kenya, le cyberharcèlement devient une arme redoutable pour faire taire les voix critiques, notamment celles des femmes journalistes. En République démocratique du Congo, de nombreux reporters ont choisi l’exil pour échapper aux menaces et aux violences.
Une tendance lourde se dessine : la multiplication des lois dites “anti-fake news”. Plus de 20 pays africains ont adopté ces textes ces dernières années. Officiellement destinées à lutter contre la désinformation, ces lois sont souvent utilisées pour criminaliser les opinions dissidentes et restreindre la liberté d’expression.
Parallèlement, la concentration des médias entre les mains d’acteurs économiques proches du pouvoir limite la pluralité de l’information. Cette captation de l’espace médiatique réduit les possibilités de débat public et affaiblit le rôle de contre-pouvoir de la presse.
Les périodes électorales, notamment en 2025-2026, ont accentué ces tensions. Dans au moins huit pays africains, les élections ont été accompagnées de restrictions médiatiques, de coupures d’Internet ou de campagnes de désinformation orchestrées.
D’un autre côté, la corruption systémique contribue également à affaiblir les médias. Dans de nombreux pays, les journalistes sont confrontés à des pressions économiques, voire à des tentatives de corruption visant à orienter l’information.Dans certains contextes africains, des populations entières vivent dans ce que l’on pourrait qualifier de “zones d’ombre informationnelles”, où les abus ne sont ni documentés ni dénoncés. Ces “dortoirs humains” invisibles rappellent que la liberté de la presse est une nécessité vitale.
Les ingérences étrangères ajoutent une couche supplémentaire de complexité. Des puissances comme la Russie ou la Chine investissent dans les médias ou soutiennent des campagnes d’influence, contribuant à modeler les récits et à affaiblir les voix indépendantes.
RSF résume cet enjeu de manière claire : « Sans journalisme libre, il n’y a pas de citoyen éclairé, et sans citoyen éclairé, il n’y a pas de démocratie. »








